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Avant-propos

Lors de notre visite à Agadir, nous avons eu une entrevue avec l’écrivain et poète Mestaoui Mohamed. Ce fut cet été. Nous avons discuté pendant deux heures de la culture Tamazight. Monsieur Mestaoui a produit un recueil sur Raïs l’Houcine Janti, le résistant. Dans son introduction, il a écrit ceci:

Tarzzift(la visite):

Au grand poète Raïs Janti - Toumdiaz mqqorn Raïs Janti

Qui a chauffé les mots - Lli ghwin aqryan ny’ills

Quand chauffait le braséro - Lligh ihma wanoud

Quand la France a mit sous tutelle notre pays le Maroc - Lligh tghwiy França Tamazight nngh n’lmghrib

Notre voeux et que ces écrits ne soient pas oubliés - Nra ayg warra yad tamatart imask our nttou.

Dédicace: A l’âme du chanteur, interprète et résistant Raïs l’houcine Janti. Qui a lutté, a été emprisonné, a été exilé et a codifié les évennements avec des paroles osées et directes. A l’espris pur du Raïs, de son équipe et de sa famille. Nous dédions le peu d’information que nous avons pu sauver de l’océan des productions qui se sont évaporées et qui racontent les Rways et Ahwach.

Biographie

C’est le Raïs, interprète, poète et résistant connu sous le nom de Janti (alias l’Houcine bn Abddllah bn Brahim). Né en 1900, Quabilat Imziln(les forgerons), région d’ichtoukn(Chtouka) au sud du Maroc. Très jeune notre Raïs a confectionné son instrument de musique et s’est exercé dans les cafés de Biougra (Ville de sa région) Comme les Rways et troubadours, Brahim Bihti(connu le poète des éxilés), feu Bizourane Said Achtouk, Ajmmak(jouteur)Ahmad Rrih et d’autres de la même région. A 18 ans, sa mère l’a envoyé chercher son frère perdu de vue au nord du Maroc. là, il s’est engagé avec l’armée espagnole quelques temps. Il a été emprisonné plusieurs fois(à Casablanca, à Agadir, à Tiznit, etc…) pour ses positions anti coloniales déclarées. Il a pu voyager à l’interieur du pays et a visité les villes de : Marrakech, Fès, Tétouan, Rabat et Casablanca, etc… Assingné à résidence dans son village et interdit de le quitter jusqu’à la libération. Il est mort le 20 Septmbre 1975.

Quelques vers de la richesse de ses poèsies engagées. Parmi lesquelles il y a ces vers qui enflamaient son ora pour une tagrwla(révolution) sur l’occupant.

  • Oh, Marocain prettez-moi votre attention, sachez donc! - (Ayi mouslmn rarad l3aql awa hannoun!)

  • Craignez-vous la mort? elle est inévitable. - (Izd lmoud attougim? hattin tqqand oukan.)

  • Comme il est bon le Tagine d’agneau et le thé. - (Wa laynni immim ouggwrn, skkar, lghlmi d-watay.)

  • Celui qui les consomme, ne présentera pas son épaule à une écharde. - (Awannatn ichttan, our an ig lktaf ad chrroun.)
  • Le colonisateur ne nous a asservi ni avec sa force, ni avec sa puissance de feu. - (Our angh imlk ouroumy s’ifaddn oula lbaroud.)

  • Notre soumission n’est que le résultat de l’argent, il nous a terrassé. - (Our agh imlk amrs iqqaridn ati ihlkakh.)

  • A quoi sert les chevaux et les armes anglaises entre les mains - (Madagh nit 3nan issan oula ingliz gh’oufous.) ….

  • Le pain, thé, les envoies d’argent et les agréments, - (Aggwourn, d-skkwar d-watay d-lmanda d-lgrima,)

  • C’est notre seul occupation, le colonisateur est tranquille. - (Nttni kad’nmmagh imma aroumiy hati itthnna,)

  • Seul quatre cents colons nous ont asservi, - (Rb3miya ouroumiy kadagh isdoullan,) …..

  • Il leur distribue l’argent et leur éxibe les beaux habilles, - (Arasn immal iqqaridn d-lksawi 3dlnin,)

  • Aussi les musiques, il les dissocie de la chari3a - (Oula lmousikat, isngaratn oukan d-chra3a,)

  • Il est vrai que les gens ont parié. - (Han i çha iska louhn mdn tisgharin,)

  • Le sort a donné la responsabilité à ceux qui ne la méritent pas - (Tawid gisn willis our nlazm awal ad sawln.)

Dans une autre chanson avec des métaphores, il a dit ceci:

  • Lors d’une assemblée non équilibrée, nous avons été effréyé de voir - (Issiwdakh oujmou3 lligh ran ad jm3an)

  • La colombe, l’aigle, le lion, le chacal et avec - (Tatbirt d-lbaz d-izm d-wouchn d-ghnttan)

  • la hasse, le slougy ensemble. Les interventions terminées - (Tawtilt d-ouskay aylligh awk nkhllç wawal)

  • La hyène a empreinté un chemin, la panthère un autre - (Ifis tkkad yan ougharas agrzam ikkad wayyad)

  • Que dieu sauve la *forêt ** qui les rassemble. - *(Ayg rbbi l3wan i tagant lligh jm3an.)

  • Le serpent s’est enroulé autour du chacal, serrant sa prise - (Issoutld oulgwmad i wouchn assassn)

  • En l’abscence du slougy pour qu’il bandisse sur le chacal et le mange - (Ilih ouskay ad idr f wouchn asint)

  • Laissez-moi alors et laissez mes paroles - (Ajjatangh oukan tajjim awal inou)

  • Je ne peux pas tenir les écarts de ma langue -(Our awk n’zdar attnd nqqay gh lhaft)

  • Les puces ont failli sucer tout le sang de ma foie -(Idda fouqç ad’ikmml idammn gh tassa’nw)

Son Répertoire

  • Ecartes-toi de Souss - Anf i Souss
  • Que dieu calme la situation - Ayg Rbbi tma i’lbas
  • Cinquante trois - Tlata ou Khmsin
  • Ce n’est pas possible - Our imkin
  • Le poltron - Amhsad
  • Chef de groupe - Raïs
  • Ils sont fatigués - Rmin
  • Nous passons les années - Ndfar isggwasn
  • Celui qui n’est pas un chacal - Wanna our igin wouchn
  • Les temps ont changé - Iga zman aroumiy
  • Laisse moi donc - Ajjagh oukan
  • Au nom de dieu - Iwa bismillah
  • Une chanson - Yat l’qsit
  • La vie est chère - Iggout lghla
  • Laissez-moi donc - Ajjatangh oukan
  • Le lion - Izm
  • Tu gagnes, ils gagnent - Attawit awin
  • Celui qui vieillit - Yan mi trmiy çaht
  • La ruche - Agwlif
  • Le tremblement de terre - Zlzal ougadir
  • Le fils de… - Yan tourou…
  • Au nom de dieu - bismillah
  • Adnnay - La douleur
  • Mortel, repens-toi! - Abnadm, toub!
  • L’univers - Dounit
  • L’arrogance tue! - Iggoul lkibr!

L’équipe de Janti Deux frères cousins à Janti au noms de:

  • Raïs Mbark et Raïs l’houcine ouboumalk, tous les des virtuoses de l’Outar(violon monocorde),
  • Raïs Brahim Oussi comme violoniste(ribab),
  • Raïs l’houcine Bidoudan à la percussion.

Témoignages(Tougga) sur notre illustre Raïs Par feu Raïs Mohmed Demsiri(albensir) qui a repris des citations de Janti, lors d’une soirée au Riad Fès, dans la maison Blanche:

  • L’eau dans l’étang est trouble, le poisson n’y voit rien (ikhwld oumda our yad isfaw ouslm aman)
  • La houle est forte, le bâteau n’a qu’a reduire sa vitesse (Iggout lbhar f lbabour youf akka ichouwr)

Dans un autre poème, il dit:

  • Où sont donc les défunts Rways, Janti et Anchad (Manza awddi Janti manza Anchad)
  • Qu’ils voient où on en est avec l’ère de la poèsie (Ad zrin lhawa oula amarg n ssa3t ad)
  • Ils ressemblent aux chameaux fous (Zound ira3man igh gisn illa içid)
  • Les groupes de musiques se suivent. (kaygat lfrqa tdfartti tayyad.)

Albensir reprend Janti lors des joutes verbales avec Raïssa Tihihit mzziyn, à Paris en 1982:

  • Vous les femmes, vous êtes, comme le piment sec (Kounnimti yadda zoud ififl iqqourn)
  • S’il ne brule pas la langue et blesse le gosier (Igh our ihrg ils ijrh taqqayt)
  • Si vous aviez la vèrve et l’utilité (Mlad is gitount lhimma oula ssi3r)
  • Il a (Janti) initié une centaine parmi vous (Ikou mya agitount i3llm(Janti))
  • Les hommes qu’il a formé sont morts (yame irgazn kad awk ifl moutn)

Par Raïs Omar Ijiwwi. Janti est celui qui a le plus grand public. Quand il anime des spectacles, les gens n’arrivent même pas à l’aperçevoir tellement il y a du monde. On l’entend sans le voir, on lui jette l’argent de loin et quand il chante, le silence règne. Au début de la célébration des mariages, il fait un tour dans le lieu pour voir de quoi est composé les convives. S’il y a essentiellement que des gens âgés ou que des femmes et des fillettes, il adapte alors ses chants à leur désirs. Il avait pour habitude dans ses productions de chanter la colombe et le chacal.

Par son fils N.J. Un jour, j’étais assis avec mon père dans un de ces cafés, dont la terrasse est couverte de sacs en tissus, on buvait le thé au petit déjeuner. Je guéttais la fin du repas pour recevoir une pièce pour faire mon souk. C’était le début d’apparition de le pièce de monnaie appelée “lgrch”, fondue au milieu. Un badaud a posé à mon père cette question :

  • Janti, cette pièce est trouée, que cela signifie-t-il?

La réponse de mon père ne s’est pas fait attendre.

  • La France vous dit, par ici vous passez et par là vous sortez.

Ma grande-mère l’a envoyé à la recherche de son frère, perdu de vue. C’était pendant la crise des années trentes. Une fois à Tétouan(les yeux en Tamazight), il avait alors 18 ans. mon père s’est engagé sous le drapeau Espagnole. Il y est resté quelques temps.

Par Raïs Hmad Oublaid bel Hachem. J’avais 65 ans et j’étais dans le groupe de Janti, je reprenais les vers chantés. En 1953, on s’est produit au souk l’hd ougadir(souk d’Agadir). Raïs avait repris la chanson de la colombe et le chacal, dans laquelle il a dit des mots assez virulents sur le colonialisme. On n’a pas laissé passer l’occasion, il est emprisonné et condamné à six mois. Le comandant Mathieu l’a convoqué et lui a dit:

  • Toi tu es Raïs, bab oumarg(poète), pourquoi fais-tu de la politique?
  • Si tu me donnes ta parole de ne plus parler politique, je te libère sur le champ. Janti lui répond:
  • Il parait que tu es fils de bonne famille. Ce que tu me dis me touche et c’est correct, mais je ne peux pas te donner ma parole de ne pas parler politique. Ce que je dis sort du coeur et si j’en fais de même c’est que je me moque de toi. Il es reconduit en prison.

Par Aït 3abou Abdellah bn Taib bn Abd. Je connais Raïs l’houcine Janti, c’était un homme de grande taille, large d’épaules et avec un turban. Il venait causer avec mon père dans son magasin. Les gens disaient en ces temps, il était âgé, qu’il allait arrêter de se produire. Il a accroché son instrument de musique ribab(violon) au mur. On lui a demandé pourquoi il a cessé de chanter, il a répondu:

  • Amarg(la poèsie), c’est comme la chanson dans laquelle on dit : Laissez-moi, mieux vaut la mort que chanter! (Ajjatagh ka, llah ar youf igh ka n’mmout!)

Il a abondonné le chant… Il s’est remarié onze fois, à chaque fois qu’il répudiait son épouse, les gens intervenaient pour qu’il revienne sur sa décision, c’était niet. Il n’était pas polygamme. Une fois on lui a posé la question de savoir quelle genre de femme il recherchait, il a répondu :

  • Je cherche une femme comme Fatim tamzwart(fatima la première), avec qui je partage un amour pur. Elle s’est remariée.

Après son retour de Tétouan, il a rencontré Raïs Moulay ali et Raïs Mohmad çaçbou qui l’ont intié au ribab(violon monocorde) et à Amarg(chant poètique). A son jeune âge, il s’habillait élégament(lblght,babouche - lfaragiya,gandoura - rzza toumlilt,turban blanc), on dirait un roi. Il n’était pas beaucoup apprécié par les femmes. A l’arrivée sur scène de Raïs Said Achtouk leur préféré (il chantait l’amour), Janti a dit:

  • Dieu merci, Raïs Said Achtouk ne me devance que par les fans de sex fémin.

La dernière fois que je l’ai vu, on avait un mariage. C’était pendant Anmouggar(Féstival) du sanctuaire de sdi hmad oumoussa à Tazrwalt(la bleue en tamazight). C’était en 1975.

Les frasques de Raïs Janti et Raïs Belaid à Marrakech

Le Pacha Thami Aglawou(alias Thami lglawi) de Marrakech, avait pour habitude de louer les services des troubadours tel Raïs lhaj Belaid et sa troupe, Raïs l’houcine Janti et la sienne… des bouffons et des groupes d’Ahwach(groupes de chanteurs et danceurs), cela pour des périodes d’un mois et plus. Janti accompagnait des Rways sasbou(lisez çaçbou et voir ses chants ci-dessous) et Oumourak(voir ses chants ci-dessous), ils ont trouvé présent labàs, Belaid et sa troupe. Aglawou, les a hébérgés dans une autre aile de son palais. Belaid, sachant qui étaient les invités a alors dit au Pacha :

  • Ils sont là ces copieurs, ils reproduisent mes chansons, si seulement ils ont appris comment je fais. Le portier a colporté l’information à Janti qui s’est faché. Après qu’Aglawou ait permis à çaçbou en sa qualité de chef de groupe, de se produire avec sa troupe, Jantia pris la parole et a dit:
  • Il y a là un homme qui dit que ses chants sont repris par ses concurrents et à toute occasion. Maintenant, je lui demande de prendre son plumier et une feuille et nous écrit les endroits où il a entendu ses chants. Aussi, il nous raconte l’invation de notre pays(Aglawou pleure). A la fin de leur spéctacle, Janti se tourne vers Belaid et lui dit:
  • Belaid, rien n’est à toi dans ces chants, n’est-ce pas?

Anecdote sur R. Janti: A sa sortie de prison, Janti a appris qu’un aroumiy(colonisateur) accompagné de son beau frère ont déjeuné chez lui en son absence. Il automatiquement répudié sa femme, en disant:

  • On s’éforce de mettre aroumiy dehors et toi tu le fais rentrer chez nous par la porte.

Une personalité de Biougra(ville au sud du Maroc) au nom d’Outouloub célèbre un mariage, il manquait à la fête un orchestre, on a pensé à Janti. Un convive motorisé s’est présenté pour aller le chercher. Raïs, n’avait rien à faire ce jour là et malgré ça, il a refusé l’invitation. Il a donné comme prétexte que ses habilles sont sales et qu’il n’est pas présentable. Le convive est allé lui acheter des habilles neufs et malgré ce geste, Janti a refusé de sortir de chez lui. Il lui alors proposé une grosse somme d’argent, un nouveau refus. On a fini par aller chercher Raïs Hmad Amntag et d’autres Rways débutants à Inezgane(grottes en Tamazight). Quelques temps après, Janti est allé retrouver Outouloub pour lui dire:

  • Tu aurais pu venir toi-même ou m’envoyer quelqu’un du vilage.

A son retour de Tétouan(les yeux en Tamazight) où il s’est engagé sous le drapeau Espagnole, Janti a séjourné à Casablnca où il a travaillé chez une Taroumiyt(Française) comme employé. Vu sa gentillesse, l’employeuse lui répétait qu’il était gentil, d’ou son nom: Janti.

Raïs Janti a dit

  • Rways(pluriel de Raïs), sont trois cas:
    • Le Raïs, c’est celui qui a les paroles. Il les transforme en poème. Il sait utiliser le Ribab(violon monocorde) et sait dancer. (walli dar iwaliwn, ar itndam issn i a irkz),
    • Le voleur, c’est celui qui a appris Amarg d’un autre Raïs. Il va le chanter ailleurs. (Walli ihsan Amarg n kra n Raïs iddou ar tin ittiniy mani yadnin.)
    • Le blessé, c’est celui qui a appris le Ribab, mais n’a pas de paroles. Ou celui qui a des paroles, mais ne sait pas bouger. (Walli issn i rribab, mach our dars iwaliwn. Ngh walli itndamn mach imasn our asn issn.)
  • L’indépendance, c’est comme la vache: Les bourgeois fassis(de Fès), la tiennent par ses tétines et la taitent. Nous, nous la fixons par les cornes.

  • Nous avons lutté pour l’indépendance et qu’on l’a eue, on nous a même pas donné les clés de la prison, on a rien eu.

Pourquoi refuse-t-il d’enregister?

  • Son père l’a mis devant un dilème, entre la bénédiction et la malédiction (s’il enregistrait ses chasons dans des cassettes). D’après le père, seule la parole sainte se transmet…

  • d’autres sites(Forums & Blogs):

    • blog 2011/01,
    • art -amazigh.dicutforum,
    • <a href”http://oulhadjlahsen.blogspot.fr/2008/05/feu-janti-un-gant-gnial-tomb-dans.html”>Blog de lahsen Oulhaj. Blog sérieux</a>.

Chansons de Raïs Mohmed Oumourak

Chansons de Raïs Mohmed saçbou